Le 4 avril 2017 - Ottawa (Ontario)
(Remarques abrégées tirées de l’allocution prononcée devant le Sous-comité sénatorial des anciens combattants, le 29 mars 2017)
Un changement de taille doit être apporté au processus de transition de la vie militaire à la vie civile pour que celui-ci réponde aux besoins de nos vétérans et de leur famille. Le temps des mises au point est terminé; il est temps de tout réorganiser.
Chaque année, plus de 10 000 militaires sont libérés de la Force régulière et de la Force de réserve, dont environ 1 600 pour des raisons médicales. C’est beaucoup de gens qui vivent une transition.
La transition est souvent une expérience déroutante et frustrante pour les vétérans et leur famille. Par exemple, plusieurs joueurs provenant d’organisations distinctes – en fait, au moins 15 – sont impliqués dans le processus de transition. Chacun d’eux possède un cadre de responsabilisation, un mandat et un processus distincts. Le résultat? Un chevauchement des efforts, des lacunes et un manque d’uniformité entre les groupes et les régions géographiques.
Je collabore avec des vétérans qui ont réussi leur transition afin de déterminer quels éléments ont contribué à leur succès. D’après ce qu’ils me disent, c’est d’abord et avant tout de donner un sens à leur vie qui importe.
Un vétéran m’a dit : « Je me suis enrôlé dans l’armée à 19 ans. Avant cela, j’étais à l’école secondaire. Je n’ai jamais vraiment vécu ma vie d’adulte en étant un civil. Je n’ai pas l’impression de retourner à la vie civile. Je sens plutôt que je vais devenir un civil pour la première fois. » C’est un saut énorme, et il faut trouver un sens à sa vie pour y arriver.
Le général Vance, chef d’état-major de la défense, a mentionné que le processus de transition a besoin d’être professionnalisé, tout comme celui du recrutement. Le processus de recrutement comprend :
- des centres de recrutement et des détachements localisés aux quatre coins du Canada;
- un portail unique sur le Web pour les membres de la Force régulière et de la Force de réserve, outil complet et convivial;
- un processus très structuré et organisé en étapes simples, offrant une attention personnalisée;
- un point de service unique (en ligne ou en personne) où une personne répond à vos questions, prévoit vos entrevues, vous donne une liste détaillée des étapes à suivre et vous aide en tout temps;
- une entrevue et un test qui servent à déterminer les atouts et les intérêts de chacun et, à la fin, un parcours de carrière propre à chaque militaire.
Lorsqu’on vous recrute, vous signez un contrat définissant clairement vos conditions de service et vous devez attendre que toutes les approbations soient en place avant de vous enrôler. Vous recevez une carte d’identité que vous devez avoir sur vous en tout temps, et ce, tout au long de votre carrière – cette carte est votre nouvelle identité. Vous êtes fébrile à la pensée de ce que l’avenir vous réserve. Dans le cadre de ce processus d’accueil, vous mettez en place des réseaux sociaux qui subsisteront pendant et après votre carrière. Ces réseaux offrent du soutien, de l’encouragement et de la camaraderie.
À la fin du processus de recrutement, le militaire sent réellement qu’il fait partie de quelque chose qui est plus important que sa propre personne, et que son avenir est tracé. C’est que le processus de recrutement transforme un civil en un membre des Forces armées canadiennes et l’aide à donner un sens à sa vie.
J’imagine un processus de transition pour tous les membres des Forces armées canadiennes en voie de libération, tant ceux de la Force régulière que de la Force de réserve, qui comprendrait des éléments semblables à ceux du processus de recrutement, notamment ce qui suit :
- Des centres de libération localisés dans tout le pays, accessibles par l’entremise d’un portail unique et relevant d’une seule autorité;
- Des avantages en place à la libération;
- Un point de service unique assigné aux membres de la Force régulière et de la Force de réserve, c’est-à-dire un facilitateur, qui :
- aiderait à remplir les formulaires et à présenter une demande unique pour tous les avantages;
- aiderait à planifier la libération des militaires et à établir les rendez-vous nécessaires;
- donnerait des conseils en ce qui concerne les organismes tiers qui pourraient offrir du soutien;
- réaliserait un suivi à des intervalles prédéterminés après la libération pour s’assurer que les besoins évolutifs sont comblés;
- Un soutien axé sur les militaires blessés qui retournent au travail. S’ils ne peuvent pas retourner au travail et si leur cas est trop complexe, le Centre intégré de soutien du personnel les aiderait à coordonner leur libération en collaboration avec les centres de libération;
- Il y aurait un seul programme pour la réadaptation professionnelle et l’invalidité de longue durée afin de réduire la complexité et la confusion;
- Un conseiller professionnel pour aider à déterminer les besoins des militaires en matière d’éducation, de formation ou d’emploi, et pour les aider à trouver un nouveau sens à leur vie;
- Une carte d’identité des vétérans émise à chaque militaire en voie de libération qui non seulement reconnaît leur service, mais qui permet aussi à Anciens Combattants Canada de réaliser un suivi proactif auprès d’eux à la suite de leur libération.
Le système a besoin d’être complètement révisé. Nous devons soutenir nos vétérans et leur famille au cours de leur transition, au moment et à l’endroit où ils en ont besoin. Ils le méritent, et c’est une question de sécurité nationale.
Texte intégral : http://www.ombudsman-veterans.gc.ca/fra/presse/discours/post/22