Le 9 novembre 2017 - Ottawa (Ontario)
Le jour du Souvenir, nous prenons le temps de nous souvenir des hommes et des femmes qui ont fait de grands sacrifices pour servir notre merveilleux pays. Pour beaucoup d’entre nous, il s’agit d’une journée très personnelle puisque ce sont des membres de notre famille et des amis qui ont servi. Pour d’autres, cette journée est plus abstraite, puisque le temps a atténué les services rendus et les sacrifices consentis.
La Première Guerre mondiale a sévi il y a très longtemps. Il y a cent ans pour être exact. En 2017, il est difficile pour nous d’évoquer ce qu’ont pu vivre les personnes qui ont connu le dédale des tranchées de la ligne de front, qui ont survécu aux attaques au gaz à Ypres et qui se sont battues sur la crête de Vimy ou dans la boue à Passchendaele. Les épreuves ont cependant donné lieu à des victoires et à une résilience canadienne qui a résisté à l’épreuve du temps.
Pendant la Grande Guerre, la plupart des combattants qui ont quitté le Canada pour se rendre sur les champs de bataille n’étaient encore que des adolescents ou de jeunes adultes, souvent peu entraînés, mais avec en tête un grand sens du devoir et un profond désir d’aventure. Sur une population de 8 millions de personnes, 650 000 hommes et femmes du Canada et de Terre-Neuve ont servi. De ce nombre, 66 000 personnes ont donné leur vie et plus de 172 000 ont été blessées. Ils ont aussi été nombreux à rentrer chez eux brisés, de corps comme d’esprit.
Jusqu’à récemment, il nous était difficile, après un siècle, de tisser des liens avec des membres de la famille appartenant à la génération qui a combattu pendant la Première Guerre mondiale. Permettez-moi de vous dire comment il est maintenant possible d’avoir un aperçu de la vie des personnes qui ont servi pendant ce conflit.
Une membre de mon équipe du Bureau de l’ombudsman des vétérans (BOV) m’a raconté comment elle regardait fixement le portrait de son grand-oncle Dave en se demandant à quoi pouvaient ressembler ses journées dans les tranchées en Europe il y a 100 ans. C’était un bel homme, habillé dans son uniforme, les yeux pétillants. Elle s’est demandé à quoi pouvait ressembler sa vie après avoir joint le Corps expéditionnaire canadien outre-mer en 1915 et avoir été déployé en France. Les membres de sa famille connaissaient une foule de détails intéressants concernant sa jeunesse. Il a été un agriculteur et un bûcheron irlandais au Québec, puis un charpentier de ponts à Victoria en Colombie-Britannique jusqu’à ce que l’appel à la guerre s'est fait entendre. Toutefois, après s’être enrôlé, il est devenu unidimensionnel. À l’exception de sa feuille d’engagement du 18 mars 1915, impossible de trouver d’autres renseignements. Personne ne savait quoi que ce soit sur sa vie en tant que soldat jusqu’à sa mort le 3 novembre 1916 et lorsque des années plus tard, son nom est apparu dans le Livre du Souvenir.
Récemment toutefois, alors qu’elle travaillait sur la généalogie de sa famille, elle a de nouveau consulté le Dossiers du Personnel de la Première Guerre mondiale de Bibliothèque et Archives Canada et a été agréablement surprise de trouver non seulement la feuille d’engagement de son grand-oncle Dave, mais aussi ses états de service militaire complets en format téléchargeable. En lisant plus longuement, elle a découvert que tous les dossiers du Corps expéditionnaire canadien sont en cours de numérisation, que beaucoup d’entre eux ont déjà été numérisés et que de nouveaux dossiers sont ajoutés toutes les deux semaines. Cette tâche colossale devrait être terminée d’ici la fin de 2018 et en attendant, un rapport d’étape est publié chaque mois.
Ces renseignements, ainsi que ceux obtenus dans le Journal de guerre de la Première Guerre mondiale, ont permis au grand-oncle Dave de renaître pour elle. Il n’était plus un visage unidimensionnel dans son esprit, il a pris forme et s’est précisé à mesure qu’elle l’accompagnait, que ce soit au moment de son enrôlement en 1915 ou par la suite. Il a vécu de bons moments et des incidents amusants avec du recul, comme la fois où il a reçu une amende de 2 $ pour ivresse la nuit avant son départ pour la France. Il y a aussi eu des journées terribles où beaucoup de personnes ont été tuées et blessées. Par-dessus tout, elle m’a affirmé avoir ressenti une certaine détermination et de la camaraderie en lisant l’ensemble du dossier écrit, jusqu’à ce jour fatidique de 1916 lorsque son grand-oncle se trouvait dans une tranchée sur la ligne de front, qu’il a reçu une balle à la tête et est décédé sur le coup.
J’ai consulté ces dossiers et le fait de lire, écrit à la main avec soin par un commis, « atteint à la tête par une balle, mort au combat » donne à réfléchir. Combien de fois ce commis a-t-il dû écrire « mort au combat »? Combien de familles ont reçu des lettres par la suite? Combien de vies ont changé à cause de ce sacrifice? Combien de vies changent en raison des sacrifices consentis aujourd’hui?
Assurez-vous que ce jour du Souvenir marque le début de votre aventure pour rétablir les liens unissant votre vie et l’histoire. Des ressources sont à votre disposition. Si aucun membre de votre famille n’a servi pendant la guerre, choisissez un vétéran au hasard. Vous en apprendrez davantage sur les éléments qui font la grandeur de notre pays en l’accompagnant dans son périple.
N’oublions jamais.
Guy Parent
Ombudsman des vétérans